BHCT fête ses trois ans

La période est difficile pour toutes les ASBL et Fondations se consacrant à des œuvres d’intérêt public et, plus particulièrement, pour les structures les plus jeunes.

Néanmoins la motivation des personnes impliquées dans BHCT est restée intacte.

Les équipes de BHCT ont profité du confinement, pour mettre à jour le modèle de soin, que BHCT porte depuis sa fondation.

Diagnosis Initiated – Citizen Driven – Data Supported  Care résume, en trois points explicites, les bases d’un modèle qui implique le citoyen, la data science et le soignant, dans une dynamique qui s’élargit aux soins préventifs et à de nouveaux acteurs.

Qui nous soignera demain ?

En mars 2018, l’ASBL Building Healthcare for Tomorrow (BHCT) voyait le jour au cours d’une séance inaugurale dans le grand auditorium de Solvay. « Un jour, votre montre vous dira quand, où et pourquoi aller voir votre médecin. », une présentation du Dr Arnaud Bosteels qui fit sourire.

En 2018, la santé connectée en était, en effet, à ses balbutiements et les acteurs industriels restaient discrets sur leurs stratégies santé.

Trois ans plus tard, le monde de la santé ne peut plus ignorer la question de « Qui nous soignera demain ? ».

L’IA AU PROFIT DE LA SANTE

La plus grande faiblesse de l’intelligence artificielle au profit de la santé est qu’elle souffre, elle aussi, d’une approche en silo.

Pour le médecin, elle est outil indispensable au support de sa pratique clinique alors que le manager y verra plutôt un assistant idéal pour un dash-boarding financier plus efficace, un meilleur contrôle des stocks ou une amélioration de la gestion des espaces et des lits.

L’IA au profit de la santé offre pourtant bien plus qu’un simple outil aux différentes parties prenantes.

Elle permet de repenser fondamentalement la manière dont sont organisés les soins en :

  • Osant une redistribution des compétences,
  • Intégrant le citoyen dans la gestion de sa propre santé,
  • Restituant aux médecins et soignants le temps nécessaire pour soigner et en confiant les tâches plus simples à des personnes autrement qualifiées ou à des machines.

Le meilleur traitement n’est-il pas celui que le patient peut et souhaite supporter médicalement, financièrement et émotionnellement (confort) ?

La réponse paraît évidente et pourtant nos systèmes de soins de santé s’éloignent dangereusement de ce pragmatisme de base en réduisant l’apport de l’IA à celle d’un outil utile dans lequel il faut investir, sans penser à changer la stratégie des soins.

BHCT & INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

BHCT a participé à la semaine de l’IA dans le groupe santé.

Son input principal a porté sur l’importance de définir une stratégie IA porteuse pour l’écosystème plus que pour un acteur en particulier.

L’IA en médecine est loin d’être synonyme de l’IA en soins de santé. Il est important que cette nuance soit reconnue des soignants et des médecins dont la vision de l’IA se limite encore trop souvent à la médecine augmentée et à la qualité des soins mesurée dans un système de value-based care.

BHCT s’est engagé auprès des organisateurs de la semaine de l’IA et ainsi auprès du BOSA* à partager ses connaissances sur le sujet dans un rapport partiellement accessible à ses membres.

DR. SAM WARD

Le Dr. Sam Ward est aujourd’hui le directeur médical de l’ASBL. Ce jeune médecin, converti à l’idée de nouvelles formes de concurrence, a rejoint BHCT dès sa fondation avec l’espoir d’échanger positivement avec le monde industriel et financier sur les objectifs d’une bonne médecine.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans l’approche de BHCT ?

Le caractère international de notre ASBL qui est ouvert au différentes philosophies et stratégies du monde de la santé. Au quotidien, de manière pluridisciplinaire, nous rassemblons les différents acteurs et stakeholders en vue de créer des partenariats à haute valeur ajoutée et de définir ensemble des stratégies de durabilité.

Aviez-vous conscience des stratégies santé des sociétés industrielles et financières ?

C’est une chose qu’on n’apprend pas sur les bancs de l’université. Le mur qui entoure le monde de la santé nous fait, parfois, plus de tort que de bien.

Pensez-vous que la responsabilité sociale des entreprises en matière de santé publique est réalité ou simple argument de marketing ?

L’image qu’on a des sociétés, pharmaceutiques en particulier, est souvent biaisée. La responsabilité sociale des entreprises sera un des piliers de notre état providence, du moins si nous voulons le conserver.

Comment voyez-vous votre avenir de médecin dans une société qui accueille ces nouveaux acteurs ? 

La crainte des soignants, c’est que ces nouveaux acteurs s’imposeront et prendront des parts du marché auparavant réservés aux soignants. Il y a, par ailleurs, une phobie d’utiliser le donnés médicales et sociales, pour optimiser les soins dès lors que le 

médecin se voit encore comme un protecteur d’une personne faible.  Ne pas collaborer aujourd’hui, c’est subir demain.

Dans votre pratique journalière, les attentes et aspirations des patients ont-elles changées ?

Absolument. On vit dans un monde d’instantanéité. Depuis l’introduction du GSM, le monde a fortement évolué. On veut un rendez-vous de suite, un diagnostique sans attendre, une solution immédiate, une intervention sans délais. Le citoyen adopte un comportement de consommateur et le monde de la santé ne sait pas comment réagir.

Médecin hospitalier, quel sera le rôle de l’hôpital de demain ?

Si l’hôpital souhaite survire, il devra repenser sa stratégie pour s’intégrer dans l’écosystème de soins du citoyen. L’hôpital de demain sera en poche, et plus au coin de la rue. Il fera partie de la chaine de soins comme un pit-stop physique nécessaire pour des  interventions spécialisées et des soins d’urgences et vitaux.

La place du citoyen dans la santé de demain

L’implication citoyenne dans la prise en charge de sa propre santé est sans doute l’une des meilleures sources d’économie pour n’importe quel système de soins de santé.

Le citizen-driven care fait cependant planer un doute sur l’objectif réellement poursuivi, à savoir un contrôle comportemental visant à sanctionner les plus mauvais élèves, soit en leur refusant un remboursement, soit en leur déclinant un accès aux soins.

Une telle approche est éminemment critiquable, tout comme le serait un système de value-based care jugeant les institutions de soins sur les seuls résultats, sans tenir compte de facteurs de correction liés au patient mais également à l’environnement (SDOH).

Dans l’approche voulue par BHCT, la philosophie du citizen-driven care repose sur trois piliers essentiels :

  • Offrir aux citoyen l’éducation et les moyens nécessaires à une meilleure prise en charge personnelle.
  • Garantir aux citoyens un accès équitable aux soins.
  • Veiller à conserver les principes de liberté individuelle.

Une telle approche demande cependant un changement de culture qui reste difficile à apprehender par le monde soignant. Le patient, qui se définissait jusqu’ici comme une personne en état de faiblesse à protéger devient, à sa demande, un partenaire plus ou moins actif dans sa propre prise en charge. Le citoyen qui le souhaite aura la liberté de faire analyser son génome pour identifier ses risques ou d’opter pour la santé connectée en recourant possiblement aux services d’un partenaire commercial.

Lucio Scanu est l’initiateur de Stent.care, ce réseau social qui rassemble les personnes atteintes de pathologies et de handicaps diverses pour leur permettre de se rencontrer et de partager autour de leur quotidien alourdi par leur situation physique ou psychique. Il a lui-même grandi en situation de handicap. Il a subi 46 interventions chirurgicales et, arrivé à l’âge adulte, Lucio Scanu a donc naturellement choisi de s’engager dans le monde associatif des fédérations de patients.

« Qu’attend le patient de la santé connectée ?»

Les attentes des patients connectés à des outils de santé peuvent être résumées en trois mots : du lien, du lien et encore du lien !

Qu’il s’agisse de son besoin d’intégrer une communauté de patients ou d’être accompagné (coaching) dans son traitement quotidien et le suivi de ses indicateurs de santé, le patient est en attente de contacts tant avec ses paires (des patients qui vivent la même situation pathologique que lui) qu’avec des équipes médicales spécialisées dans la situation médicale à laquelle il est confronté et aux acteurs sociaux (assistants sociaux, accompagnateurs professionnels, aides adaptées à la formation en fonction de sa situation physique) liés à son statut de malade chronique ou de personne en situation de handicap.

Le patient n’a plus une vision segmentée du monde de la santé connectée. Sa vision est
devenue systémique. En d’autres termes, le patient porte aujourd’hui un regard à 360° sur sa situation. Il comprend que sa situation médicale ne se solutionne pas uniquement dans le champ des soins et des traitements. Son environnement social, sa position sociale et son intégration socio-professionnelle ont un impacte aussi important sur sa santé.Ainsi, le patient est en attente d’outils numériques lui permettant d’être accompagné tant sur les questions médicales que sur les questions psychologiques et sociales.

« Pensez-vous que la réflexion du patient est plus loin que celle du médecin en la matière ? ».

Les réflexions ne sont pas au même niveau.

Les patients pensent collaboration et partenariat multidisciplinaires alors que les médecins pensent pratique professionnelle, récolte de données et analyses. La vision médico-centré bute sur la vision multidisciplinaire attendue par les malades et les personnes en situation de handicap.

Le réseau Stent.care est un symptôme des difficultés qu’éprouvent les patients à se faire entendre dans leurs réalités complètes et à disposer d’outils propres conçus par des opérateurs vivant la maladie et/ou le handicap. Une réflexion du patient à l’opposé du niveau de compréhension d’une grande partie des médecins en matière d’outils numériques santé.

Pour comprendre cette différence de compréhension quant à l’évolution des mentalités et les nouveaux besoins des patients, il faut replonger quarante ans en arrière.

Amorcé dès les années 70 par l’informatisation des fonctions de gestion et par les premiers projets de dossier patient numérisé, le recours aux « nouvelles technologies de l’information et de la communication », les TIC, dans le champ de la santé a connu depuis quarante ans à la fois, un intérêt soutenu et des échecs retentissants, nombreux et répétés.

Toujours conceptualisés sur base de l’analyse des besoins des médecins hospitaliers en matière de récolte d’informations, les outils numériques proposés s’appuient sur l’empowerment des patients (Education thérapeutique). 

Au travers de processus continus, intégrés dans la démarche de soins centré sur le patient, le monde hospitalier a copié/collé sur un support numérique ce qu’il organise en son sein depuis les années 2000 : des activités de sensibilisation, d’information, d’apprentissage, de screening et d’accompagnement concernant la maladie, le traitement prescrit et les soins. Objectif de cette stratégie thérapeutique digitale : aider le patient et son entourage à comprendre la maladie et le traitement pour mieux coopérer avec les soignants et maintenir ou améliorer sa qualité de vie.

Hélas, la notion de « participation des patients » n’est pas comprise de la même façon par les patients et les professionnels de la santé. Pour les professionnels, les patients doivent décrire les symptômes, mettre à disposition des données récoltées pour les tenir informés des progrès du traitement alors que dans le même temps, les patients attendent des explications sur le diagnostic et le traitement pour faire leur propre choix. Les patients se sentent aliénés : ils ne se reconnaissent plus, ont le sentiment de ne plus s’appartenir et de ne plus être reconnu en tant que personne.

Et pourtant, les patients sont plus éduqués au numérique et toujours plus connectés et si, vieillissants, ils ne le sont pas, leurs enfants le sont pour eux ; les objets connectés se diffusent et plus de 3 belges sur 4 sont prêts à communiquer au sujet de leur santé sur les canaux numériques. Seuls freins à l’explosion de la digitalisation de la santé : des outils pensés par les professionnels pour des patients (Inadaptés et laissant peu de place à l’expérience patients) et l’absence de garanties de sécurité des données médicales et de la vie privée.

Les patients ont ainsi une longueur d’avance sur la compréhension que le corps médical peut avoir des outils numériques santé. Les patients envisagent l’outils numériques comme une possibilité de devenir des partenaires du monde de la santé tandis que le monde médical porte un regard centré presque exclusivement sur l’analyse de données.

« Pour vous, que signifie le patient interactif ? ».

A elle seule, cette question explique le gouffre entre la perception que les patients ont du monde numérique (et de ce que l’on peut en faire) et celle du monde médical.

Pour les patients, être interactif, c’est simplement participer en ligne à des échanges (questions/réponses/témoignages/aides).

Pour le monde professionnel ce sont outils informatiques interactifs destinés à l’éducation et à l’évaluation des professionnels dans leur pratique.

Pour reprendre une terminologie du monde du marketing, le « persona », cette personne fictive qui serait dotée de l’ensemble des attributs et des caractéristiques sociales/psychologique du groupe ciblé n’existe pas pour les patients.

Les patients se sentent unique et ils sont dans, leur ensemble, incapables (sauf exception) d’envisager le patient interactif comme étant un doublon virtuel de ce qu’ils sont et de ce qu’ils vivent dans le cadre de leur parcours de santé.

Financement des hôpitaux, la cohérence du modèle avant tout

Le 30 mars dernier, l’ABDH organisait avec a société Antares Consulting, un débat sur le financement des hôpitaux en Belgique (1).

Aborder le financement des hôpitaux est une question particulièrement délicate en cette période de COVID.

Une première erreur, heureusement évitée, serait de se servir de l’argument de la pandémie pour chercher à démontrer le sous-financement des hôpitaux, déjà parce que l’exception ne peut justifier la règle, ensuite parce que le problème de la durabilité des couvertures soins de santé est bien réel et que son financement doit être repensé de manière globale et intégrée.

Un modèle de financement dépend du modèle de prise en charge voulu et arrêté et non l’inverse rappelait, à juste titre, le Dr Edouardo Portella, auteur du rapport.

Si l’inspiration peut venir d’ailleurs, elle a ses limites et, en Belgique, les particularités d’un système de soins décentralisé à outrance, la peur d’une utilisation optimale des données et la résistance du corps médical à abandonner un payement à l’acte compliquent incontestablement la réforme du système.

Aussi, une question principale demeure.

Par où commencer alors que les hôpitaux sont dans le rouge et que le corps médical hospitalier a atteint son seuil de tolérance quant aux contributions complémentaires qu’il est prêt à concéder pour financer un bateau qui coule ?

La réponse ne viendra en tout cas pas d’un rejet des responsabilités des uns sur les autres, rappelait Paul d’Otreppe, mais bien d’une meilleure collaboration entre médecins et direction.

D’une manière plus générale, il faudra repositionner l’hôpital dans la chaine de soins dont on doit établir la valeur et, en conséquence, le payement.

Bundled payements, payement par forfait  ou capitation répondent à cette logique dont devraient 

cependant être exclus les soins vitaux et urgents comme l’a démontré la pandémie.

Ceux-ci nécessitent un modèle de financement à part entière qui bénéficierait, en particulier, aux hôpitaux exclusivement en charge de cette médecine lourde et coûteuse.

Pour toutes les autres pathologies, l’approche intégrée amène à s’éloigner des modèles hospitalo-centric pour se concentrer sur le patient et ses besoins thérapeutiques, à partir de son diagnostic.

C’est sur cette base que tiers-payeurs, assureurs ou Etats, se fondent pour déterminer le budget nécessaire à la prise en charge. Le budget ainsi établi sera, ensuite, réparti entre les différents acteurs dont les performances seront, parallèlement, mesurées.

Bref, rien de bien neuf dans cette approche qui poursuit sa mise en œuvre dans plusieurs pays, avec plus ou moins de succès.

Mais parvenir à une approche intégrée, par pathologie, prendra du temps et, en attendant, les hôpitaux survivent par des économies sur les frais généraux et des contributions accrues du corps médical, sans réelle solution autre que celle d’attendre.

Reste que cinq éléments importants, contribuant au financement des hôpitaux, n’ont été que peu abordés lors de ce séminaire qui, il est vrai, se concentrait plus particulièrement à une approche comparative des systèmes de financement existant et de leur progression.

Ces éléments mériteraient cependant un vrai débat.

  • Le rôle des data dans l’optimisation des flux financiers, patients et logistiques.
  • La lutte contre la surconsommation médicale et le gaspillage en milieu hospitalier.
  • La responsabilisation du patient dans sa propre prise en charge.
  • L’impact réseau.
  • La contribution directe et indirecte des nouveaux joueurs y inclus ceux qui ne font pas partie du monde soignant.

(1) ANALYSE COMPARATIVE DES MÉTHODES DE FINANCEMENT DES HÔPITAUX

Karolien Haese

 

LA RESPONSABILISATION SOCIALE DES ENTERPRISE

Durant ces trois dernières années, BHCT s’est essentiellement faite connaître par les réseaux sociaux, freinée dans son élan par l’arrivée du COVID

Portée par plusieurs bénévoles convertis à l’idée que la santé publique de demain sera préventive, interactive et pluridisciplinaire, BHCT a su se positionner sur le plan national aussi bien qu’international.

Pour le monde financier & de l’entreprise, BHCT offre la possibilité de discuter plus informellement à propos des attentes, besoins et souhaits des patients, avec des associations de patients, des soignants et des médecins. 

Pour les soignants et les institutions de soins, BHCT apporte une vision de responsabilisation sociale du monde de l’entreprise, soumis à la pression citoyenne et politique de contribuer plus activement aux intérêts publics, dont la santé.

Au-delà des concepts, le changement est bien réel et il est encore accéléré par la Covid. Le partage des valeurs devient ainsi une condition de positionnement de l’entreprise sinon une condition de survie.

Ici encore BHCT avait vu juste en présentant, en mars 2018, un changement de positionnement du curseur du client-roi vers un client responsable, qui en attend autant de l’entreprise.

Bouger le curseur vers des valeurs d’intérêt public, pour obtenir l’adhésion des citoyens et du monde politique est un objectif recherché par le monde de l’entreprise. Durant ces trois dernières années, BHCT a pu constater, a fil de ses rencontres, combien certaines entreprises étaient ainsi soucieuses de renouer avec la santé citoyenne, sans pour autant se priver de leur core business ni de leurs marges bénéficiaires. Une situation win-win face à laquelle le monde soignant reste cependant sceptique.

Les équipes BHCT vous souhaiteNT un excellent weekend pascal 

#BHCT20 devient #BHCT22

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